24 février 2009
essaime la poussière
Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en
retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais
cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux
de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en
retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de
compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée
chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens
péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans
merci.
Hors d'elle, tout n'est
qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort
durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque
en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des
moments peu communs.
Modifie-toi, disparais
sans regret
Au gré de la rigueur
suave.
Quartier suivant
quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.
Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre
union.
(René Char)
*
Merci à Cherkasov pour la photo
21 février 2009
oracle

" K'ien"
Le créateur
L’hexagramme se compose
de six traits pleins.
Les traits pleins
correspondent à la puissance lumineuse
yang qui est lumineuse, forte, spirituelle, active. L’hexagramme est
uniformément fort de nature. Son image est le ciel. Il inclut la puissance du
temps et la puissance de la persévérance dans le temps, la durée.
Le jugement :
Le créateur opère une
sublime réussite,
Favorisant par la
persévérance
Pour celui qui obtient
cette réponse de l’oracle, cela signifie qu’il recevra en partage un succès
venant des profondeurs sous-jacentes aux évènements de l’univers et que tout
dépend du fait qu’il ne chercher son bonheur et celui des autres que par la
persévérance dans la voie droite.(...)
Le sage doit se rendre intégralement fort en écartant tous les éléments vulgaires ou dégradants. Il parvient ainsi à se rendre infatigable, qualité qu’on acquiert en limitant le champ de ses activités.
(Yi Kink)

Je ne sais pas pour vous...
mais pour moi c'est très clair.
:-)
20 février 2009
parenthèses

Il me l’avait promis, la
première fois.
Juste pour me signifier
dans quelle catégorie il me classait.
Ces femmes-là.
- N’est-ce pas ?
Le moment venu, j’ai baissé la tête. Affronté la réalité.
Finies les allégories,
les inventives et poétiques métaphores.
Et la délicieuse brûlure
de la honte solitaire, quand je couchais avec audace des mots crus sur le
clavier qui me reliait à lui, quand je me dénudais de loin, offrant mon
impudeur pour l’intéresser, le charmer, l’étonner, le provoquer.
Mais sans jamais lui
mentir.
Et donc désormais incapable
de lui répondre non.
Acculée par mes propres
aveux,
piégée par mes pauvres
stratégies, par mes élans irréfléchis, comme toujours.
Sa main si douce, qui me
creusait,
me cambrait ici,
m’arrondissait là.
Ses genoux qui ouvraient
mes cuisses.
Mes gémissements sourds,
mes ongles qui griffaient le drap.
Il a répété sa question.
Sa bouche à quelques centimètres, derrière mon oreille.
Déjà pesant. Déjà
forçant.
Sûr de son droit.
J’ai fermé les
yeux. Sûre de son pouvoir, dont j’avais tant désiré qu’il use. Qu’il avait tissé, avec dix mille mots. Que
j’étais venue chercher, pour lequel j’aurais rampé s’il me l’avait demandé.
Mais c’était une autre
preuve qu’il exigeait de moi.
Lentement.
Impérieusement.
Ses lèvres chaudes, son
baiser sur ma nuque. La caresse de sa voix quand j’ai gémi, quand la douleur m’a
lacérée.
Sa douceur qui me brûlait,
plus fort encore.
Danse sur le fil.
Vertige.
Sombrer.
S’envoler.
Se cambrer davantage.
Gémir encore, sur un
autre ton.
D’une autre plainte,
sous un plaisir comme
une lame de braise.
17 février 2009
fin d'hiver

La graine
écarte ses barreaux
pour laisser s’évader
la vie
*
(Armand Monjo)
14 février 2009
Love, etc.

13 février 2009
combien de vies ?

Combien
de mois, combien de vies faut-il
pour écrire une phrase qui égale en puissance
la beauté des choses ?
*
(Bobin)
12 février 2009
deux fois deux

Il
tenait au creux de sa paume ces pinces, dites japonaises,
reliées entre elles par une chaînette.
J’ai
baissé la tête, accablée.
Qu’avais-je
donc imaginé ?
La
torture de la plume, les doux frissons frôlés ?
Que
ce serait avec mon plaisir qu’il voudrait jouer ?
Que
ce serait avec des caresses qu’il m’éprouverait ?
Le
long de mon dos, de mes reins à ma nuque, une peur glacée a serpenté.
- Regardez-moi.
Sa
main sur ma peau. Légère. Menaçante. Merveilleuse. Effrayante.
Ici,
ou
là ?
Il
a lu dans mes yeux mon éclair de panique, ma supplique muette.
Il
a plissé les siens, un peu. Faisant durer l’instant, mon espoir, ma peur, son
absolu pouvoir.
- Je vous laisse le choix, a-t-il fini par venir
murmurer à mon oreille, me
faisant trembler de son seul souffle dans mon cou.
Et
sa main, plus bas. Précise et intrusive.
Juste
assez pour que les chairs se gorgent de désir et offrent meilleure prise.
Juste
trop pour que je puisse penser, réfléchir, me révolter.
Et
son pull, un peu rêche, contre mes seins. La chaleur, la pression de son torse
comme un rappel, une promesse d’autres joutes plus tendres.
Il
détestait attendre, je le savais. Chaque seconde de silence aggravait mon cas.
Mais
le choix m’était impossible. Et je buvais, j’absorbais le plaisir qu’il me
donnait comme des forces avant l’épreuve, comme de l’eau avant le désert.
Il
s’est reculé.
Reprenant
mon regard, suspendant mon souffle.
- Tant pis pour vous.
Il
est reparti vers son sac, puis il est revenu vers moi,
une paire de pinces dans chaque main.
- Voilà qui va mettre fin à votre hésitation.
03 février 2009
défaite

Au
fond de moi, je souriais.
A
quoi bon m’attacher ? Je consentais à tout.
N’avait-il
pas compris le sens de mes mots,
n’avait-il
pas lu la folie de lui dans mes yeux ?
Silencieuse
et docile, j’ai placé mes poignets, mes chevilles où il me l’indiquait.
Si
ça l’amusait...
Discrètement,
quand il s’occupait du bas je tirais sur le haut, et inversement.
Histoire
de détendre le lien, de m’assurer quand
même un peu d’aisance.
Il
a soupiré, m’a demandé si j’avais bientôt fini.
Son
regard avait une lueur sombre qui m’a instantanément fait perdre toute idée de
plaisanterie. Et avec ses gestes calmes, il m’avait bel et bien entravée, les
nœuds étaient solides et résistaient à mes tractions de moins en moins
sereines.
- Cessez de gigoter. Vous m’agacez.
Pas
besoin de répéter. Statufiée dans
l’instant. Terreur de le lasser,
déjà. D’être reconduite à la frontière,
dégrimée, l’imposture révélée, trop laide
et bête pour jouer dans sa cour.
Je
ne souriais plus, même à l’intérieur. Affolement général. Les tam-tams
résonnaient.
Le
sang pulsait dans mes membres ligotés. Panique animale.
L’instant
de la lutte, de la mise à
l’épreuve.
Puis
du grand calme pourpre quand la raison se couche.
Dans
mes yeux, ma défaite, mon abandon, mon défi.
- Vous me plaisez, ainsi offerte et incapable de vous
défendre.
Il
s’est assis.
Il
m’a observée, attardant son regard ici et là,
embrasant
ma honte, faisant vaciller mon reste d’insolence, d’assurance.
Mon
émotion était visible, je n’en doutais pas. Indécente. Baveuse. Hurlante.
Foulant
ce peu de dignité que je tentais de conserver avec mon silence, mes épaules
droites, ma tête haute, mes yeux encore ouverts.
- Vous tremblez.
- Non !
Ma
réponse avait fusé, d’un ton presque agressif dont je n’étais pas responsable,
j’étais prête à le jurer !
Il
a haussé un sourcil.
Puis,
très lentement, il s’est allumé une cigarette.
Il
est allé fouiller dans son sac.
Il est revenu face à moi.
- Vous devriez.
