Vilaine fille

"...Fille folle, amante du vent... Boucle ton corset... Baisse bien la tête... Méfie-toi : Qui aime le vent engendre la tempête..."

28 mai 2009

« Ce n’est pas le moment de perdre courage ! »

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Julien Coupat vient d’être libéré de prison. Enfin une bonne nouvelle, même si ses six mois d’emprisonnement sont l’effrayante preuve –s’il nous en fallait encore – de la dérive autoritariste, arbitraire et « policière » de la France du roi nain. (Qui vient d’ailleurs d’annoncer qu’il allait enfin tenir une de ses promesses électorales et « s’occuper » des banlieues. Avec des bataillons de flics, des fouilles de cartables et d’immeubles, des portiques de sécurité dans les collèges. Ouf, nous voici rassurés ! L’augmentation de 50 % du chômage des jeunes depuis deux ans dans ces mêmes quartiers, on verra plus tard. Et puis, quand ils seront tous en prison, les statistiques redeviendront meilleures, pas la peine de se fatiguer à leur payer plus de profs ou à leur chercher du travail...)

Je vous copie ci-dessous le début et la fin de l’interview (écrite) de Coupat, parue dans Le Monde le 25 mai.
Le lisant... je comprends beaucoup mieux pourquoi l’état a voulu le faire taire en l’accusant de terrorisme puis en essayant (en vain - pour le moment) d’inventer le délit de « terrorisme intellectuel ».
Car ce qu’il dit, le Julien, c’est vraiment de la bombe ! (hahaha)

C’est violent, direz-vous peut-être.
A la mesure de celle que l’on subit, vous répondrais-je.
A la mesure de l’urgence à sauver notre peau, notre pain, notre liberté de penser.
A ne pas partir à l’abattoir avec tout le troupeau sans réagir.


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Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

« Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité. »
(...)

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

« Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage. »

*


L’article dans son intégralité :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolongation-de-ma-detention-est-une-petite-vengeance_1197456_3224.html

Le site où vous pouvez télécharger « L’insurrection qui vient », le texte qui a causé tant de soucis à Coupat (à vos risques et périls...)(les peureux peuvent me le demander, je leur enverrai)

http://bloom0101.org/

*

coupat

Posté par vilaine fille à 19:48 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Téléphone ...

"...ça se sent, ça se sent que c'est toi...
et rien d'autre que toi, non rien d'autre que toi...que toi..."

Posté par Monsieur K, 28 mai 2009 à 21:00

"Même si tu ne parles pas,
et que je ne parle pas,
j'aime ce silence là,
si je te sens avec moi..."

Posté par vilaine fille, 29 mai 2009 à 22:32

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