Vilaine fille

"...Fille folle, amante du vent... Boucle ton corset... Baisse bien la tête... Méfie-toi : Qui aime le vent engendre la tempête..."

27 juillet 2009

torture...


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...ou récompense ?




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24 juillet 2009

shoes up


gandovsky3

Vous le savez, je suis plutôt cool, comme fille. Tolérante, ouverte aux différences, tout à fait capable d’accepter et d’être séduite par des gens qui n’appartiennent pas à ma « tribu » sociale, culturelle ou générationnelle. « L’habit ne fait pas le moine », ce n’est pas moi qui vous dirait le contraire.

Et pourtant…je crois que je fais un blocage. C’est la troisième fois en quelques mois que ça m’arrive, assez pour que je le remarque et m’en inquiète.

Dans les trois cas, l’homme était charmant. Intelligent, gentil, excitant. Et plutôt très bien disposé (à ne pas l’être sans conditions )à mon égard. Tout s’annonçait bien.

Et puis mon regard a glissé vers le bas,

et patatras.


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Les symptômes ont été identiques à chaque fois : Bouche fermée, sourcils haussés, et « refroidissement » des circuits instantané. Cela ne dure qu’un instant, et sauf une fois, j’ai pu me retenir de pousser un cri d’effroi, mais l’effet de la crise est dévastateur. C’est cuit. Pas la peine d’insister. L’image reste gravée en surimpression et parasite irrémédiablement la relation.


C’est con, je sais. Ce ne sont que des chaussures. Moches, ou en tout cas pas (mais alors pas du tout) à mon goût ( je ne veux pas risquer de vexer des lecteurs), mais qui ne justifient sans doute pas que je me prive de ces hommes de qualité.

Mais c’est comme ça. C’est la débandade.

Et le mocassin à glands me ferait le même effet, j’en suis persuadée.

La fausse camarguaise aussi.

Et la botte gothique.

 

 

Il me serait impossible de m’incliner avec sincérité aux pieds d’un homme ainsi chaussé.


Heureusement...la liste des « substances allergogènes » semble s’arrêter là.

De la sandalette sportive à la basket de supermarché,

de la tongue à la botte en caoutchouc,

tout le reste me va. La chaussure « neutre » ou utilitaire ne me dérange pas.

Mais je ne peux nier l’évidence. La belle chaussure me ferait presque poser un genou à terre (si elle s’ajoute à d’autres qualités, bien sûr).

 

En premier, des Doc’ usées, évidemment.

 

 

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Mais la bottine « chic » (à boucle ou à lacet) tient la corde (ha ha).

 

 

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Suivie de près par la Converse, la Timberland, la Pataugas, la gazelle d’Adidas, en peloton mêlé.

Elles-mêmes talonnées (- :) par les bottes ou bottines de motard, même les laides (sauf si elles sont en cuir, cirées et siglées Harley, beuark).

 

 

 

 

- C’est grave, docteur ?

Il a retiré ses lunettes, s’est adossé à son fauteuil et m’a fixée en croisant les mains sur son ventre.

- Non, n’ayez crainte. Vous faites un petit fétichisme, tout simplement. C’est assez fréquent, et ce n’est pas méchant.

Inquiète, j’ai froncé les sourcils. J’avais encore ma culotte à la main, et ma robe était toujours sur le dossier de la chaise, à côté de la table d’auscultation sur laquelle il venait de soigneusement m’examiner, mais ce qu’il venait de m’annoncer me faisait oublier que j’étais nue.

- Et…ça se soigne ?

Il a pris un air grave, puis il a un peu glissé vers le bas sur son fauteuil, et j’ai vu une de ses jambes se tendre sous le plateau de son bureau.

Il me présentait son pied, chaussé d’un affreux mocassin en cuir souple porté à même la peau.  

Ma gorge s’est serrée. Oh punaise, me suis-je dit in petto, je les avais oubliées celles-là.

- Je…je ne pourrai jamais.

Il a battu des paupières et hoché la tête, lentement.

- Mais si, vous allez y arriver, j’en suis sûr. Sauf si vous estimez que ce n’est pas votre place. Sauf si la marque de ma chaussure vous importe davantage que d’exprimer votre condition. Sauf si vous ne mouillez pas.

Mes joues sont devenues brûlantes, mon regard a vacillé. Il avait raison, bien sûr. Le décor soigné,  l’atmosphère ouatée du cabinet, ma nudité et l’examen doux et directif que je venais de subir m’avaient mise en émoi. S’il avait décidé à l’instant de recommencer la plus intrusive de ses vérifications précédentes, l’usage du lubrifiant glacé dont il avait enduit ses doigts gantés n’aurait plus été nécessaire.

Pour le reste, il se plantait complètement. Sa chaussure m’était une vision d’horreur, et son joli discours n’y changeait rien. Et je ne pouvais ignorer ce qu’elle me révélait de cet homme, ce qu’elle soulignait.


J’ai remis ma culotte et je suis allée récupérer ma robe sur le dossier de la chaise.

Et à ce moment-là, j’ai compris quelque chose d’important. Belle ou moche, la chaussure ne justifie jamais à elle seule mon intérêt ou mon désintérêt pour un homme. Pour des raisons différentes, les trois hommes qui avaient provoqué mes « crises allergiques » avaient des qualités mais ne me convenaient pas vraiment. Dans les trois cas, en y réfléchissant bien, il y avait d’autres failles, des « dissonances » importantes. L’un d’eux aimait Mylène F., par exemple. Un autre appréciait la corrida. C’est vous dire le fossé entre nous.

Toujours tassé sur son fauteuil pour me tendre son pied, le docteur fronçait les sourcils d’un air surpris et contrarié.

- Que faites-vous ? La consultation n’est pas finie !

Je suis revenue vers lui en boutonnant lentement ma robe et en souriant.

- Je suis guérie !

Il s’est redressé, le mocassin a disparu sous le bureau.

- Au contraire, votre réaction prouve que vous êtes gravement atteinte ! Fétichisme du troisième degré, au moins !

Il était tout crispé, tout vexé, tout frustré, tout énervé.

Je me suis assise sur le fauteuil, face à lui et, tout en sortant mon chéquier de mon sac,  je lui ai offert mon plus doux sourire.

- Je me fous de vos pompes.

Ca lui a coupé son caquet. J’ai enchaîné pendant qu’il remontait sa mâchoire.

- Ce sont les Figaro dans votre salle d’attente qui me font débander. Combien je vous dois ? Quarante, c’est ça ?

Il a hoché la tête dans un geste réflexe, mais sa mâchoire est retombée.

 

 

Posté par vilaine fille à 13:09 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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