26 août 2009
un K à part

Pourquoi lui,
qui habite à dix mille kilomètres (et j’exagère à peine) ?
Pourquoi lui,
qui a bien trop de soucis pour me faire une place dans sa vie ?
Pourquoi lui,
qui n’avait même pas envie d’une soumise ?
Je ne sais
pas.
Pour niquer le
destin, peut-être.
Comme des
voyous, comme des fous.
On sait qu’on
peut pas et que ça mène nulle part, mais on y va quand même.
C’est une voie
sans issue interdite à tout véhicule sensé ? Même pas peur !
Le premier
arrivé attend l’autre.
Trop gémeaux
pour exiger la lune, ou constance, ou prise de tête.
Ou une quelconque
assurance autre que de la légèreté pour masquer nos blessures et nos peurs, pour laisser nos drames à la porte et faire semblant d’en rire.
Mon beau doux Maître.
A qui je ne
peux rien cacher puisqu’il me réfléchit en inversé.
Qui n’a pas
besoin de m’écrire pour que je sois sûre de lui.
Qui sourit
quand je lui obéis, comme s’il ne doutait pas que je le suive.
Qui ne me fera
jamais mal
autrement que
pour me faire du bien.
Sourire.
Et tremblement.
(Car je sais tout ce qui se cache, derrière l’air affable et doux d’un gémeaux.)
.
20 août 2009
dekismokton ?

Deux infos
entendues hier soir me mettent du baume au cœur. Sarko avait raison : cet
été, pas de vacance du gouvernement ! Pendant qu’il se repose de sa crise
cardia…heu, non, pardon, de son petit malaise de rien du tout dans le palais
des Bruni, les ministres sont au turbin !
Et deux
d’entres elles viennent de nous pondre des mesures qui vont assurément aider notre beau pays à obtenir une Justice
plus humaine, et à le « nettoyer au Karcher » de tous les requins de
la finance sans foi ni loi ! Pas
trop tôt ! La gabegie n’a que trop duré !
Entre
l’augmentation des rémunérations des grand patrons, les bonus distribués aux
traders et banquiers, et les entreprises qui font des bénéfices et licencient
quand même, on commençait à se demander s’il n’y avait pas deux poids deux
mesures. Nous voici rassurés : Madame Lagarde, ministre de l’Economie,
nous annonce qu’elle sera sans pitié ! Elle va les traquer, obliger les
banques à les dénoncer !
Aaaah, ça fait
du bien, tant de fermeté dans le désir de moraliser le capitalisme !
Car vous ne
savez pas ce qui se trame dans notre dos, pendant que nous trimons honnêtement
pour payer non impôts ?! (Attention, âmes sensibles s’abstenir) : Des salauds, des voleurs,
des fraudeurs ont le toupet d’ouvrir DEUX livrets A ! ( et ils
empochent deux fois leurs 1,25 %
d’intérêt, ces assoiffés de fric ! Sur 15000 euros, ça fait au moins…heu…hum…un indécent paquet de pognon !
) Mais c’est fini, qu’on se le dise. Fini
de se dorer la pilule et de s’en mettre plein les fouilles ! Lagarde l’a
promis : Bercy va se retrousser les manches et remettre de l’ordre dans
tous ça avant 6 mois.
Ouf !
Autre bonne
nouvelle : Michèle Alliot-Marie, notre nouvelle ministre de la Justice et
des Libertés (et garde des sots) va mettre en place une série de mesures pour
lutter contre le suicide en prison.
*délivrer une
formation précise à tous les personnels des quartiers de détention à risque
avant la fin de l’année ;
*limiter les risques de suicides par pendaison avec un dispositif
spécifique à l’attention des détenus identifiés ;
* humaniser l’univers carcéral ; (sic !)
*développer l’expérience menée dans d’autres pays européens avec des
détenus de soutien.
Et toc. Carrément.
C’est pas de la mesurette à deux balles, ça, madame. Ca va fermer le clapet à ceux
qui nous bassinent avec les prisons soi-disant honteuses de notre belle
Fraaance. Alors qu’ils ont la télé couleur dans les cellules, hein, alors faut
pas déconner, non plus.
Mais bon, MAM
l’a dit, « on va faire encore davantage ». Former les gardiens à
reconnaitre et protéger les détenus les plus « fragiles », distribuer
des draps indéchirables et des pyjamas en papier pour qu’ils ne puissent pas se
pendre avec.
Fallait y
penser, quand même ! Elle mérite largement ses 15000 euros par mois !
(p’tain…elle pourrait ouvrir et remplir
12 livrets A par an !)
La
surpopulation carcérale, les douches une fois par semaine, le mitard à 45
jours, elle s’en occupera (peut-être) plus tard.

(Mais quand
même…une question me turlupine.
Pour le
problème du suicide des gardiens de prison ( il y en a déjà eu une dizaine
depuis le début de l’année)…elle va faire quoi ?
Former les détenus à plus de compréhension ? Distribuer aux matons dépressifs des ceintures en papier, et des armes en carton pour qu’ils ne puissent pas se faire exploser le caisson avec ? )

13 août 2009
gris (gri)

Du bout de l’index, je fais lentement basculer les cd. Pas un ne
convient. Pas un qui n’éveillerait, de près ou de loin, un bonheur et une
douleur. Une grâce, puis une disgrâce. Un sommet, puis un abîme.
Et merde.
Me reste le
jazz, la trompette de Miles. Ou le doux chaloupé des vieux cubains.
Et Mozart, et
Bach.
Tout ce qu’on
n’a pas eu le temps d’écouter ensemble, grâce à dieu.
Ou ce blues du Mali, que j’insère dans le lecteur, et qui me ramène dans
le désert. Le vrai, pas celui de ce
soir, pas celui de toutes ces nuits où seule ma lampe brille dans la ville
endormie.
Je m’adosse au
mur et ferme les yeux en fumant lentement. L’horizon sans fin revient, et la
chaleur, et la fraicheur miraculeuse de l’eau du puits. Et la douceur du thé, et la bouleversante beauté
de déesses en haillons.
Et l’Afrique
déboule, au détour d’une dune. Tana, Bamako, Dakar. La cohue bruyante et
colorée, les étals de viande et de poissons séchés, le rire des femmes
impériales, la musique omniprésente, les
jeunes vendeurs de Nescafé avec leurs petits chariots sponsorisés, qui te
préparent ton gobelet avec la même élégance et application qu’un thé, le
faisant mousser en le vidant d’une tasse à l’autre plusieurs fois, t’offrant un
expresso africanisé contre quelques
centimes, l’entassement organisé dans les minibus ou les taxis-brousse
bâchés, la monnaie qu’on fait passer
par-dessus les têtes jusqu’à « l’encaisseur », tranquillement
accroché d’un bras à l’échelle
extérieure,
Ma peine
s’apaise. Dérisoire, indécente souffrance.
Ai-je oublié mon insolente chance ? Mon frigo qui déborde, le
robinet qui coule à flots, l’hôpital qui soignerait mes enfants ? Vais-je gémir sur mon sort dans mon palais
doré comme une bourgeoise blasée ? Ai-je oublié Florent, Balla, Leïla qui doit
payer son eau et apporter ses draps pour accoucher à la maternité ?
Vais-je cracher sur ma vie, et gaspiller le luxe inouï de ma liberté de penser, de créer et d’aimer pour un
homme-étoile filante ?
J’ouvre les yeux et je souris, un
peu. La guitare de Boubacar Traoré égrène sa mélopée et il chante pour Pierrette,
son bel amour perdu. Comme un signe malicieux du vieux sage à la toubab paumée.
Chante, cousine, chante ton chagrin ou ta joie, et la beauté du monde, tes
révoltes, tes espoirs. Ne laisse pas
pourrir tout ça en toi.
A l’ombre du citronnier, ta chaise en plastique t’attend, et ce lampion
à trois bougies que Balla avait bricolé pour que tu puisses écrire sans
fatiguer tes yeux.
J'arrive, vieux Père, j'arrive.

