ro(s)sée du matin

La nuit s’était terminée tendrement. Nue, toutes mes larmes séchées, j’avais dormi entre ses bras.
En me réveillant, je me suis faufilée hors du lit. Il me fallait faire pipi, et un bol de café, presque avec la même urgence.
Après être passée par la salle de bain, je me suis mise en quête d’une cafetière dans la cuisine un peu en souk. Mais j’ai trouvé tout ce qu’il me fallait, et quelques minutes plus tard, la flamme guillerette de la gazinière chauffait le cul de la Bialetti.
J’avais l’âme souriante, l’esprit ouaté, le corps en paix. Et sans doute un air un peu niais tandis que je fixais le ciel à travers la fenêtre, sans autre pensée que ce bleu horizon où rien n’arrêtait l’envol de mon regard, ni le souffle de ma félicité.
- Vous n’avez pas froid ?
J’ai sursauté. Il se tenait sur le seuil, torse nu, finissant de boucler la ceinture de son jean. Très connement, comme s’il ne m’avait pas déjà vue sous toutes les coutures, je tenté de me couvrir d’un bras en haut, d’une main en bas.
- Heu… Oui… je vais peut-être aller chercher…
- Non. Vous n’allez nulle part. Sauf si vous tenez vraiment à me mettre encore davantage de mauvaise humeur.
Je me suis figée, les sourcils haussés, en bloc soudain glacé. Ou brûlant, je ne savais pas. Mais en tous cas bien loin du bleu pastel de l’instant précédent.
- Vous n’avez rien oublié, dans la salle de bain ?
Rehaussement de mes sourcils, rembobinage express de la bobine du film. Et illumination. Zoom sur ma main coupable vissant le robinet. Oh pétard de sort. Il me l’avait pourtant déjà dit DIX fois, au moins. Fallait forcer. Sinon ça coulait. Et en moins de deux le ballon d’eau chaude était vidé. Et il DETESTAIT prendre des douches froides.
J’ai pris une mine contrite, mais j’étais rassurée, au fond. Ce n’était pas si grave.
- Pardon, j'ai encore oublié, c'est vrai ! Mais c’est sans doute que je ne suis pas encore bien réveillée… Après un bon café, ça ira mieux.
Toujours attendrie par le souvenir de notre fin de nuit, j’ai esquissé un sourire, et en le voyant s’approcher, j’ai bêtement cru qu’il allait me réchauffer entre ses bras, et répéter certains mots émus, certains éloges, certaines certitudes nous concernant qu’il avait murmurées dans mon cou la nuit précédente après avoir obtenu toutes les preuves qu’il désirait.
Il a éteint la flamme sous la cafetière en déclarant que le petit déjeuner attendrait.
Puis il attrapé une longue spatule en bois clair dans le pot à couverts.
- Je suis désolé de constater que ma parole n'a toujours aucune importance pour vous. Sauf quand ça vous arrange, évidemment.
Nous allons donc tout reprendre à zéro.