09 mai 2012
bol d'air



(et nettoyage des yeux)
*
01 mai 2012
Dégage !
Jusqu’à la fin, il se sera sali.
Piochant désormais à pleines mains dans la merde du FN pour s’en faire un masque capable -croit-il ! de leurrer les électeurs de la fille du borgne.
N’hésitant plus à leur lécher ouvertement l’entre-fesse en secouant le spectre de l’invasion immigrée à chaque prise de parole, ressortant les vieux slogans de la France qui puait Pétain, qui se couchait devant l’Immonde.
Lui et tous les autres. Les traitres, les vendus à sa cause. Tous ceux qui se taisent depuis cinq ans. Qui lui tiennent la main quand il pointe son doigt vers les pauvres, les chômeurs, les Arabes et les Roms pour justifier la misère et le chaos dans lesquels ses amis les banquiers et les grands financiers nous ont plongés.
Cinq ans de propagande qui ont conduit la peste brune aux portes de nos cités, qui ont creusé des passages à la bête qui n’attendait que ça. Et qui se dresse déjà à 20 %, comme une première patte griffue qui a franchi le portail.
Il ose le pire dans sa course désespérée pour garder le pouvoir et le cordon de la Bourse.
Rafler des enfants étrangers à la sortie des écoles et remplir des trains de Roms ne lui a pas suffit.
Hier il a promis des frontières partout pour que les « tribus » (sic !) ne nous envahissent pas.
Aujourd’hui il en appelle aux « vrais » travailleurs, comme si tous les autres n’étaient que des fainéants de syndicalistes gauchistes, comme s’il ne venait pas pendant 5 ans de détruire ce qu’il restait des services publics, comme si les infirmières, les postiers, les profs et tous les ouvriers qui ont défilé sous des drapeaux rouges (ou sans drapeau du tout !) ne méritaient pas d’être entendus et respectés.
Il ne peut pas rester encore cinq ans.
Notre pays ne peut plus être représenté par cet homme sans morale ni dignité.
Ce « petit fureur » qui nous salit tous.
Le 6 mai,
vomissons-le, une bonne fois pour toutes.
30 avril 2012
Mettre les voiles

Pou pou pidou…
Rhaaaaaaaa…
Mmmmmmmmm…
Bonheur et volupté.
Comme quand on te délace ton corset.
Quand tu jettes ta montre, ton calendrier.
La fin d’un tunnel.
Le regard qui embrasse de nouveau l’horizon débarrassé de cet infranchissable mur. Une sortie de prison.
Oh putain que ça fait du bien.
Redevenir une guêpe sauvage après avoir été une brave ouvrière. Quitter la ruche. S’envoler !
Tant pis pour la gamelle assurée, pour la sécurité. Je préfère la chasse du commerce à l’esclavage rémunéré.
Le petit con n’a pas eu un regard, pas un merci. Tout juste s’il ne m’écrasait pas, sur son T.Max de frimeur qui roule avec mes gouttes de sueur.
Qu’il en profite, ce sont les dernières qu’il aura eues de moi.
La gentillette m’a fait un signe de la main avant de grimper dans l’utilitaire qui en transporte d’autres.
Ciao, petite abeille. Continuons le combat. Le 1er mai je serai dans la rue aussi pour toi.
Cap au couchant.
Vers ce coin de terre où j’ai envie de poser mes valises,
de planter des arbres, des framboisiers.
Là où l’air est encore pur, et la carte électorale sans souillures brunes.
Là où mon cœur me porte.
Vers cet homme que j’aime. Vers cet homme qui m’aime.
Retour vers mon futur.
20 avril 2012
Mon nom est personne

La fille est gentillette. De temps en temps, entre deux chantiers, on fume une clope ensemble, derrière le local technique, dans un angle que la caméra de surveillance ne voit pas.
Je sens bien que je l’intrigue, et qu’elle se demande ce que je fais là. Pas envie d’expliquer. Dix fois le temps de dix pauses n’y suffirait pas.
Alors je biaise. Je réponds à ses questions par d’autres questions, je la fait se raconter pour ne pas avoir à le faire. Mon parcours en zigzag et sans queue ni tête, qu’y comprendrait-elle ? Même moi, je m’y perds…
Une semaine encore à devoir tapiner sur les trottoirs du laborieux. Tout en bas, avec les invisibles qui nettoient les bureaux et les chiottes, qui vident les poubelles.
Une expérience de l’extrême. Je ne sais pas dans quel état je vais en sortir.
Cinq mois à n’être rien. A égalité avec un aspirateur. Bossant la nuit, dormant le jour.
Baissant la tête, acceptant les heures de trajet et d’attente non payées, l’acide qui pique la gorge et les yeux, le froid qui glace l’eau du seau en hiver. Parce que c’est ça ou rien.
Parce que si je suis là c’est que je n’ai pas trouvé mieux.
Parce que si je suis là c’est que je ne vaux pas mieux ?
Pourtant, au début, j’étais plutôt fière. Dénicher un CDI en quinze jours, ça me semblait fortiche. Et nettoyer, ça me semblait plutôt « noble », comme mission.
Une qui mérite un petit café quand il fait - 3° dehors et que tu poireautes depuis une demi-heure pour faire le bureau d’une pétasse qui se précipite pour se faire un Nespresso en arrivant (en retard de 10 minutes). Mais non. C’est pas pour toi. Même pas elle y pense, à t’en proposer un. T’es un aspirateur. Une serpillère. Une chose de caste inférieure.
Et le pire…c’est que tu finis par t’y habituer.
Tu finis par douter.
- T’as de la chance de partir, putain. Moi non plus j’en peux plus d’bosser pour ces enculés.
La fille fixe le sol en tirant rageusement sur sa cigarette roulée. Pas la peine qu’elle précise. Elle m’a déjà raconté. Son gamin, son loyer à payer. Son mec qui s’est tiré.
Elle est coincée. Et le plein-temps qui lui a été promis et qui la force à tout accepter sans râler.
- Allez, t’en fais pas... Mélenchon va nous sauver !
J’ai au moins réussi à lui arracher un sourire.
- Ouais…et j’en connais qui vont le sentir passer, me lance-t-elle avec un regard
entendu.
J’agite mon index.
- Ah non, hein, ne recommence pas. Je t’ai déjà expliqué que ça ne te donnera pas le droit de sodomiser le patron avec ses clubs de golf !
- C’est ce qu’on verra, dit-elle écrasant son mégot sous son pied, un féroce sourire en coin.
Il est temps d’y retourner.
Je lance ma clope dans une flaque d’eau, je redresse les épaules pour l’aider à faire pareil.
- Allez zou, courage !
Pardon, j’ai envie de lui dire.
Je m’en vais dans quinze jours, je te laisse dans cette galère.
Moi j’ai de la chance, comme tu dis…
Pour user d’un doux euphémisme ma vie n’est pas exempte de soucis,
mais j’ai encore ce choix-là.
J’ai pu me payer le luxe suprême de balancer une lettre de démission à la gueule du petit con.
J’ai pris des gnons, quand même.
De ceux qui laissent des marques.
Quelques rides en plus, sans doute. Colère, fatigue et amertume, ça ne lisse pas les traits.
Les mains avec comme de la corne dans les paumes.
L’orgueil rétamé.
Mon insolent petit sourire, envolé.
Je rase les murs dans cette ville où je suis née.
Dans cette ville où des écoles portent le nom de ma glorieuse aïeule.
Ça risque pas de m’arriver.
Je reviens par la petite porte. Par l’entrée de service.
Aucun palmarès à aller inscrire sur le livre d’or des anciens du lycée.
« Je serai riche et célèbre avant mes 30 ans », je leur disais.
Raté.
Même en comptant large.
Madame Nobody. Une ombre dans la nuit (dans son bel uniforme bleu canard).
Retour sur le chantier.
Je mets mon casque sur mes oreilles. J’attrape l’aspirateur.
Et j’envoie la musique.
C’est comme ça, affirment les Rita.
La la la la laaaa.
Alors je pense à elle, forcément.
Celle que je croise par ici à de nombreux coins de rues.
Avec ses jean’s troués exprès, ses baskets coloriées.
Son walk-man qui pesait une tonne.
Son tatouage tout neuf, qui a fait hurler sa mère.
On se regarde, on se jauge. La femme que je suis et l’ado que j’étais.
Les vannes fusent, forcément.
Tu t’es vue ? Et toi, tu fais carnaval ?
T’as pas mieux à faire que de trainer en ville ? Si t’allais étudier j’en serais peut-être pas là aujourd’hui !
Hé, ho, la mamie, baisse d’un ton, hein. C’est pas parce que tu viens de faire six mois d’un malheureux mi-temps que tu peux jouer les martyres.
Puis on se sourit avec tendresse, finalement.
Elle et moi,
les deux mêmes, au fond.
L’essentiel n’a pas changé.
L’essentiel n’a pas été trahi,
ni vendu,
ni raté.
Aimer. Ecrire. C’est ce que tu voulais, non ?
Qu’ai-je fais d’autres pendant toutes ces années ?
A part des enfants, des voyages, cent déménagements, mille métiers ?
Ai-je renoncé pendant UNE seule journée ?
Non, elle admet.
Belle constance. Bel acharnement.
Les efforts ont un peu été inégalement répartis, mais bon…j’peux comprendre, je crois.
Son regard pétille, elle se mord les lèvres, rougit.
Un peu comme si les hommes de notre vie se tenaient en brochette derrière moi et l’intimidaient.
La fascinaient.
L’émerveillaient.
Je souris.
C’est autre chose que tes benêts de terminale avec leurs mocassins à glands, hein ?
J’éteints l’aspirateur.
J’ôte mon casque.
Ni riche ni célèbres, certes.
Mais amoureuse et aimée.
Et bientôt libérée de ce boulot (et de ce président ?)
Mon nom est personne ?
Je m'en fous, au fond.
Bon we à tous.
(Et n'oubliez pas d'aller voter !)
09 avril 2012
moment de solitude

04 avril 2012
Final

Qu’avais-je imaginé ? La prise classique, dite «En Sandwich » ?
Un peu, c’est vrai.
Parce que je n’ai guère d’imagination.
Et parce qu’il n’y a quand même pas mille autres combinaisons possibles.
Mais c’était mal le connaitre. La règle et la symétrie, ce n’est pas pour lui. Toujours pire ou toujours meilleur. Différent, dans tous les cas.
Frappant là où on n’attend pas. D’une façon qu’on ne concevait même pas.
Ou offrant, d’une phrase, d’un baiser ou d’une larme l’équivalent d’un wagon de diamants.
Pour l’heure, ce qu’il m’offrait, c’était sa queue à sucer, jusqu’à la garde. Et aucune possibilité d’y échapper, ni d’happer un peu d’air entre deux va-et-vient.
Ses mains plaquées sur mes oreilles, il tenait ma tête immobile et il se branlait dans ma bouche à son rythme, sans tenir compte de mes couinements ou du regard affolé et larmoyant que je levais vers lui.
Pas besoin d’un collier de chien ni d’un contrat signé devant témoins pour signifier nos positions respectives, il avait raison. Pourquoi s’encombrer de tout ce fatras quand il suffit d’un claquement de doigts, d’un regard, d’un murmure ?
Quand les règles du jeu n’ont même eues à être formulées ?
Quand le souvenir d’une mouche au bout d’un doigt formulait l’évidence de ce que nous étions l’un pour l’autre, lui et moi. Et seuls au monde à le comprendre.
- Ne BOU-GEZ pas, a-t-il grogné entre ses dents en serrant ses mains plus fort, tandis que je forçais dans un geste désespéré pour éloigner ma tête et reprendre mon souffle. Ses yeux brillaient de colère, de menace, de plaisir, et de la même tension qu’un sprinteur sur sa lancée, que rien ne peut plus arrêter.
Un air qui signifiait clairement que ce n’étais pas DU TOUT le moment de le contrarier.
J’avais les lèvres meurtries, la mâchoire douloureuse, de la salive sur le menton, dans le nez, j’étouffais, je hoquetais, il s’en foutait. Il se plantait loin et fort, il faisait le nid de son désir dans ma gorge où il enflait encore, préparant sa salve.
Que je redoutais. Mais mes yeux écarquillés par la panique n’y ont rien changé.
- Vous l’avez voulu, a-t-il murmuré, comme en guise d’excuse avant de s’enfoncer au plus profond.
Et j’ai battu des cils, comme pour l’absoudre avant de me noyer.
Il a caressé l’arrondi de mes fesses.
- Tu sais pourquoi j’ai voulu que nous soyons deux ce soir ?
Je reprenais mon souffle, à quatre pattes sur le sol, la tête basse.
Inquiète.
Flairant le piège. Le menu bien plus compliqué qu’un en-cas façon crêpe, cuite des deux côtés.
- Non, j’ai répondu à voix basse.
- Réfléchis.
Ses mains glissaient lentement, cernaient, embrasaient.
Tout en réfléchissant à plein régime, je me suis cambrée et tendue sur mes appuis. Impossible de faire l’indifférente alors qu’un courant électrique courait de ses doigts à ma peau et remontait jusqu’à ma nuque.
Oh mon dieu. Qu’avais-je fait, encore ? Que lui avais-je confié un soir d’imprudence des semaines, des mois plus tôt peut-être ?
Il n’oubliait rien. Ce pouvait être n’importe quoi, deux mots lâchés au détour d’une phrase, une réponse à une question que j’avais zappée ou qui avait trop tardée. Sur le moment il ne réagissait pas mais un jour ou l’autre, il me présentait l’addition. Ou la récompense.
Mais rien ne me revenait en mémoire. J’étais sage comme une image depuis des lustres, en actions et en intentions.
- Alors ? m’a-t-il demandé avant de cracher sur ses doigts, court-circuitant instantanément mes tentatives de réflexion.
- Je…je ne sais pas, ai-je bredouillé en tressaillant quand ses doigts humides ont glissé sur le point le plus crispé de mon anatomie.
- Cherche bien… Je suis sûr que tu vas trouver.
- Je…
Comment voulais-t-il que je joue aux devinettes dans cette position, avec ses mains, ses doigts qui rôdaient là ?
- Je donne ma langue au chat ! ai-je lâché dans un souffle, les sens exaspérés, les nerfs à vif.
Il a forcé le passage. Sans prévenir, sans douceur.
- Option interdite. Je veux une réponse.
Je me suis figée, les yeux écarquillés, la bouche ouverte. Saisie moins de douleur que de surprise et d’humiliation.
- Ce que je suis en train de te faire est un indice, a-t-il murmuré en imprimant à
ses doigts un léger mouvement rotatif.
Je cherchais de l’air tandis que mille terminaisons nerveuses déclenchaient dans tout mon corps leurs alertes contradictoires, désordonnées, affolantes.
Indice ?
Indice de quoi ?
Quelle était la question, déjà ?
- Oooooh…
Impossible de dire autre chose, de penser tout court. Pas avec ses doigts fichés et mobiles en moi.
C’est alors que mes yeux se sont posés sur Lui, qui revenait devant moi.
Lui, l’autre.
L’invité mystère, dont j’avais encore le goût au fond de la gorge.
- Indice numéro deux, a-t-il dit en baissant son regard sur sa queue amollie, soudain bien plus redoutable que lorsqu’elle s’enfonçait en moi comme un poignard d’acier.
Car je venais de comprendre.
Sidérée,
glacée,
effarée.
Et tout à la fois enflammée de l’intérieur.
Ce ne sont pas vos baisers, vos velours.
C’est le cuir autour de mes poignets au-dessus de ma tête.
C’est ce droit dont vous usez en m’ordonnant dans un murmure de vous cédez le passage.
C’est le carrelage d’un coin de douche.
Une menace mise à exécution.
Un paiement pour ce plaisir que mon corps réclame. Et s’accorde.
Et obtient quand votre regard noircit.
Quand mes lèvres s’écartent.
Quand mes muscles se serrent autour de vous planté en moi.
Quand je jouis
de vous,
sans vous.
Quelques mots qui m’avaient échappés, sans qu’il ne me demande rien, un soir de solitude où j’avais sans doute envie qu’il me demande davantage.
Quelques mots pour faire mon intéressante.
Pour lui rappeler que je n’étais pas qu’esprit.
Pour qu’il sache un peu ce qui se passait certains soirs sous ma couette.
Quelques mots pour détourner son attention, aussi, c’est vrai. Pour éviter qu’il ne me pose trop de questions sur ces « quelques mails échangés avec un inconnu » que j’avais avoués pour avoir la conscience tranquille, mais sans préciser leur teneur hautement salée. Et sans parler non plus des photos qui les accompagnaient, évidemment.
…Ni des vidéos.
Quelques mots lui dévoilant le secret de ces nuits où il s’invitait sans le savoir dans mon lit, dans mon esprit, sous ma main.
Comme une offrande pour me laver d’une faute dont il ignorait tout.
Il a lu dans mes yeux. Ma terreur. Mon bouleversement. Mon égarement.
Etait-ce un délire, une réalité ? Etait-ce un rêve, un cauchemar ?
Un cadeau ou un châtiment ?
La preuve d’amour ou de cruauté ?
- Votre main, a-t-il dit a voix basse sans répondre aux questions qui se bousculaient dans mon regard.
Pendant que derrière moi, il ôtait ses doigts et plaçait l’arrondi de son gland sur l’ouverture assouplie.
- Votre main, a-t-il répété en écartant les jambes, trop loin de mon visage pour que ma bouche l’atteigne.
Assez près pour que lui y parvienne.
Ma main, oui.
Docile, tremblante.
Vibrante, affolée.
Prise à son propre piège.
Pendant qu’il forçait, pénétrait, prenait son dû.
Pendant qu’il soulevait sa queue débandée du bout des doigts comme pour bien me montrer que cette fois-ci, il ne s’était pas laissé distraire.
Lui, partout autour de moi.
Dedans, devant.
Dans mon cul, dans ma tête, dans mon cœur.
Dans ma honte, mon rabaissement.
Dans ma fierté, ma supériorité de catin préférée.
Dans le déchirement de l’absence,
dans l’attachement plus fort que le temps et la distance.
Dans ce plaisir qui me soulevait et m’emportait.
Violent, époustouflant.
Lui.
Me serrant dans ses bras, chuchotant « Dormez, maintenant ».
Et moi obéissant.
Un sourire aux lèvres.
Mon aimé, mon désiré,
mon réel, mon rêvé,
revenez quand vous voulez.
*
On s’en care on n’se réveille
et n’atterrit jamais
01 avril 2012
(...)

Je ne suis pas tombée dans les pommes ni rien. Il y avait de quoi, pourtant.
Le même sourire. Le même regard. La même bague au même doigt. La même barbe qui repoussait aux mêmes endroits.
Pas un sosie, ni un jumeau. Lui. Et re-Lui. Les deux côtés du même miroir.
Et moi toute seule entre les deux.
Au fond, ce n’était pas plus farfelu que le reste. Pas plus farfelu que d’avoir été choisie, moi, parmi dix millions de connectées.
Pas plus impossible que ces mots qu’il avait écrits et prononcés après nos premières rencontres, quand je regardais par-dessus mon épaule tant j’étais sûre qu’il s’adressait à quelqu’un d’autre.
Pas plus impossible - ou à peine plus ! -que de l’avoir vu devant ma porte une première fois quelques minutes plus tôt, alors qu’il vivait à des centaines de kilomètres de là, avec une autre que moi.
Je n’étais pas à un miracle près.
Il, Lui, l’autre, le même, a pénétré dans la pièce, me laissant à peine le temps de claquer la porte avant de se plaquer à moi et de prendre ma bouche. Mon corps nu contre son blouson et son jean glacés par la nuit qu’il venait de traverser ne pouvait s’y tromper. Ni ma langue, ni mes lèvres pressées sous les siennes. Ni ma nuque ployée en arrière par son poing serré dans mes cheveux. C’était Lui. Son odeur. Son goût. Sa façon d’embrasser. Cet incendie qu’il déclenchait, ce torrent de lave qu’il réveillait. Lui seul avait ce pouvoir-là.
Sans que je sache comment j’étais déjà à genoux, le visage griffé par le tissu rugueux, les yeux fermés, la bouche écrasée sur le renflement bien vivant, lui aussi.
Sans lâcher mes cheveux, il se débraguettait lentement, comme pour faire durer mon attente, ma faim, ma torture. Comme pour prendre le temps de me regarder lécher, de m’entendre gémir.
Sa promesse m’est revenue en mémoire. Son regret de m’avoir ménagée, la dernière fois. De s’être laissé prendre à mon cinéma. De n’être pas allé aussi profond qu’il désirait.
Des mots en l’air, avais-je pensé. Il ne viendrait jamais. Encore une sentence qui ne serait jamais exécutée. Pas la peine de flipper. Pas la peine d’imaginer le pire et d’étouffer rien qu’à y penser.
Mais il ne faut jamais dire fontaine.
Dans mon dos, sa voix. Et un verre qui tinte.
- Le rhum rend fou…c’est pas toi qui m’a dit ça ?
Pas autant que toi, ai-je pensé. Que Vous. Que vous. Regarde ce dont tu es capable. Regarde l’incroyable auquel tu me fais croire. Regarde ton désir être un ordre. Regarde-moi ouvrir la bouche puisque tu me l’ordonnes. Regarde-moi m’offrir au supplice annoncé sans (trop) trembler, prête à me faire violence pour supporter l’insupportable. Pour toi. Le La Mauny n’y est pour rien. Me dis pas que tu le sais pas.
Tu me fais catin dès que tu es près, nonne dès que tu es loin, Shéhérazade enchaînée à son clavier. Auteure de science-fiction. Tu me fais tourner la tête, perdre pied, courber l’échine.
« Prenez garde, vilaine fille. » Dès votre premier mail, vous m’aviez pourtant prévenue.
Mais autant siffler dans un lampion. Je n’ai pris garde à rien.
Je me suis crue en sécurité derrière mon écran, à des milliers de kilomètres de vous.
- Dois-je préciser que si je sens vos dents, vous le regretterez ? m’a-t-il dit par devant en introduisant sa queue entre mes lèvres et tandis qu’il m’assénait par derrière un brutal coup de ceinture en travers du dos.
Inconscient du danger. Ou assez sûr de lui et de son emprise sur moi pour savoir sans l’ombre d’un doute qu’il ne risquait rien.
Il était dans ma bouche. Succion, lubrification, respiration. Assurer le matériel pour jouir du spirituel : Lui dans MA ville, dans MA maison, dans MA bouche.
Salive. Peau. Poils. Rondeur du gland. Creuser la langue. Respirer par le nez.
Sept milliards d’humains sur Terre, dont la moitié de filles, mais ce soir c’est dans MA bouche qu’il bande.
Humpf. Oh punaise, j’y arriverai jamais. Il est déjà trop loin, trop dur, trop gros.
Mais ai-je le choix ?
Par derrière, il a noué sa ceinture autour de mes poignets.
- Ce soir j’ai quatre mains et deux queues. Rien de vous ne m’échappera.
Un seul cil aurait suffi. Un bout d’ongle. Une goutte de salive. Une mine de crayon sur un page quadrillée.
Alors pensez…deux corps tout entiers.
Suce, catin. Fais de la place pour l’Invité. Et bon accueil. Que ce soit glissant, serré, chaud. Sans obstacle. Sans restriction d’ordre bassement confortable pour ta petite personne. Peu importe ton aversion pour tout contact étranger au-delà des deux tiers de ta langue. Ce que tu ne réussis pas à faire pour l’ORL qui veut te soigner en auscultant ta gorge, tu vas le faire sans broncher pour cet homme.
Parce qu’il enchante ta vie.
Parce qu’il te domine par l’esprit et le corps. Et l’imagination. Et la perversion. Et que c’est si rare et si bon de pouvoir admirer que cela mérite le meilleur que tu puisses donner.
L’orgueilleuse enfin agenouillée.
- Mmmm…tu es vraiment la reine des suceuses.
Hum…l’humilité n’était pas pour tout de suite.
Mais effort redoublé, évidemment.
Surtout NE PAS VOMIR. Empêcher ce réflexe défensif de ma gorge agressée.
Même si à chaque va-et-vient il butait plus profond.
Même si mes mains attachées empêchaient toute défense, tout frein à l’intrusion brutale. Même si la panique gagnait.
Magie.
Preuve par X, Y et Z que tout est question de motivation. Que le désir est plus fort tout et peut déplacer des montagnes. Et commander au corps.
Peu à peu, le passage se faisait. Mon haut-le-cœur hésitait, refluait.
Sa queue allait et venait toujours plus vite, toujours plus loin.
Ses deux mains dans mes cheveux.
Ses soupirs, ses halètements.
Son plaisir.
Et donc le mien,
au carré du sien,
au moins.
Il a posé ses mains sur mes hanches. De sa voix grave et calme, a exigé que je me cambre davantage. Et que je ne gigote pas.
Faudrait savoir, bordel.
Et pas réclamer l’impossible. Me transformer en statue de marbre alors que je suis du lait sur le feu.
Ses mains sur mes hanches.
Et l’On eût voulu que je ne réagisse pas ?
Que je ne frissonnasse pas ?
Que je ne tressaillisse pas ?
Que je n’élargisse pas dans un geste réflexe l’angle combiné de mon bassin et de mes reins pour optimiser l’exposition et l’accès tout en me rétractant la seconde d’après, en réalisant combien mon geste était indécent et hautement risqué ?
Autant demander à la lune d’arrêter de briller.
Une cinglante claque sur les fesses plus tard, j’avais changé d’avis. Statue de marbre, c’était mon nouveau nom.
- Ah, quand même. Tu vois que quand tu veux, tu peux, a-t-il dit caressant lentement l’arrondi de mon cul, comme pour choisir le prochain endroit où il allait frapper s’il l’envie me reprenait de remuer.
Envie que j’étais loin d’éprouver tant la brûlure occasionnée par sa main irradiait encore ma peau.
Mais envie qui me tenaillait quand même tant j’étais à la fois terrorisée et follement excitée par ses mains sur moi, par son corps à quelques centimètres de ma fente nue, vulnérable, offerte pour le meilleur, lubrifié, adapté, ouvert en corolle comme une fleur aguicheuse, ou le pire. L’étroit, le serré, le honteux. Le douloureux.
Comment ne pas trembler, frémir, lever le cul pour se frotter ou ruer pour chercher à s’échapper ?
J’y parvenais, pourtant. La peur d’une nouvelle claque, et une sorte de fatalisme. Je n’étais plus dans la position de celle qui choisit. Mon sort était entre Ses mains.
Et il n’était pas de ceux qui se donnent pour mission de « guider tendrement mais fermement la Soumise vers le plein épanouissement de ses désirs secrets ». Oh non.
Nous étions loin de tous ces bla-bla.
J’étais à lui, point.
14 mars 2012
(...)

J’avais obéi. Il m’observait, immobile, et j’étais incapable de deviner ce qu’il allait exiger de moi.
Il me surprenait depuis le début. Me piégeait toujours en douceur dans sa toile impitoyable.
Un murmure qui enchaîne, comme une corde lentement serpente, s’enroule aux poignets, aux chevilles,
et soudain se serre,
se noue,
emprisonne.
Trop tard alors.
Quand tout commence.
Quand il annonce son intention.
La sonnette a retenti de nouveau et, contrairement à moi, il n’a pas sursauté ni semblé surpris. Il a regardé sa montre puis a eu un petit sourire satisfait.
- Hé hé… Je lui ai mis 18 minutes dans les dents.
Je m’étais dressée et je cherchais frénétiquement mes habits.
- Tu sais qui c’est ?
- Ne te rhabille pas !
Ma culotte à la main, je l’ai regardé en écarquillant les yeux.
- Pardon ? Tu veux que je reste à poil ? Tu délires ou quoi ? Qui c’est, derrière cette porte ? Tu le sais ? Tu as invité quelqu’un ?
Il a repris son air grave.
- On va arrêter tout de suite la Foire Aux Questions, OK ? Sinon je repars immédiatement.
J’ai dégluti, le cœur plombé par la brutale menace. Et l’arme était chargée, je le savais. Il n’était pas du style à faire du pour rire. Ou pas avec moi, en tout cas.
Et je n’étais pas du style à me priver de lui en lui donnant un prétexte pour repartir 18 minutes après son arrivée. Alors qu’il y avait des mois que je ne l’avais plus vu, ne l’avais plus touché. Des mois qu’il me laissait entendre qu’il ne fallait plus que je l’attende.
J’ai inspiré un grand coup. Prête pour le grand saut sans parachute. Prête pour tourner le dos à toute fierté, toute prudence. Prête à payer cher, et par avance.
Parce que c’était lui.
Et avec lui, ni jeu, ni rôle.
Avec lui,
pas de simulateur de vol.
- OK, j’ai lâché dans un souffle.
Il a plissé les yeux, a glissé sa main sur mon cou, dans ma nuque.
- Mon intrépide catin…
Ses doigts sur ma peau m’électrisaient le dos jusqu’au creux des reins. Autant que ce « mon » si rare dans sa bouche et qui me récompensait déjà.
Les yeux fermés, j’ai baissé la tête en m’offrant à sa caresse. Rien d’autre n’existait plus. Ni passé, ni futur. Ni raison, ni civilisation. Ni voix-off, ni pensées. J’étais toute entière dans le seul frisson qui courait dans mes veines.
- Va ouvrir la porte, a-t-il murmuré à mon oreille.
(...)
12 mars 2012
Sans invitation (suite)
(Quelqu’un sonnait à la porte...)
D’abord, j’ai décidé de ne pas répondre.
Puis j’ai pensé à ces scènes de film, quand deux policiers viennent en personne pour annoncer une mauvaise nouvelle.
J’ai bondi sur mes pieds, un poing d’angoisse me tordant les tripes. J’ai ouvert le verrou en tremblant, persuadée qu’un drame allait faire irruption dans ma vie et me cueillir comme un coup de poing.
Mais non.
Pas de flics devant ma porte.
Juste Lui, qui fumait tranquillement.
Ses yeux étaient plissés par la fumée - ou était-ce une sorte de sourire ?
- Jolie, la coiffure.
Ma main a tâté mon crâne. Oh merde. Ma couette en plumet vertical.
J’ai tiré sur mon chouchou ridicule en rougissant.
- Faut…faut absolument que j’aille faire raccourcir cette fichue frange.
Voyant que son regard commençait à descendre, je me suis vite effacée pour le laisser entrer. Pas envie qu’il commente aussi mon pyjama et mes grosses chaussettes de ski.
Il s’est avancé, a observé la pièce, a remarqué mon ordi allumé sur la table basse.
- Tu m’écrivais ?
Non. Je m’apprêtais à m’envoyer en l’air avec quatre pompiers. J’ai haussé les épaules et suis allée incliner l’écran pour l’éteindre.
- Comme d’hab’.
Bizarrement, du ressentiment l’emportait sur la joie de le voir là, chez moi, en chair et en os. Je lui en voulais de ne pas m’avoir prévenue, de m’avoir privé de toutes ces heures, de toutes ces nuits de plaisir anticipé que j’aurais pu vivre si j’avais su qu’il viendrait ce soir. Je lui en voulais d’être habillée comme un sac à patates, pas maquillée, coiffée comme une gamine. Alors que tant de jolies choses étaient pliées là-haut, dans la commode de ma chambre.
- Je te dérange, peut-être ?
Il me regardait m’activer pour remettre un peu d’ordre, pour libérer un peu de place sur le canapé, pour rassembler sur un plateau les tasses de thé froid, les cendriers pleins, les papiers argentés de ces chocolats dont je m’étais empiffrée.
J’ai secoué la tête.
- Mais non, pas du tout ! C’est juste que c’est le bordel…je suis désolée…si j’avais su…
- Viens ici.
Son calme m’a douchée.
Non mais, quelle abrutie !
J’assistais à un miracle et je me souciais du désordre.
Un peu comme si en voyant la Vierge, Bernadette Soubirous n’avait remarqué que son ourlet défait.
Il était là.
A moins de trois mètres de moi.
Il était venu, au milieu de la nuit.
Over the rainbow.
Your skin makes me cry.
Dans l’éternité entière.
Dans l’éternité entière.
Son regard m’a rapproché de lui, comme un treuil.
Quand j’ai été à sa portée, il a caressé ma joue,
mes lèvres avec son pouce.
Puis il m’a giflée.
Une petite tape, férocement humiliante.
J’ai cillé sans baisser les yeux.
M’en fous.
J’ai rien senti.
Ça ne change rien.
Je suis à vous.
- Déshabille-toi.
(…)
25 février 2012
et hop !

14 février 2012
Fête l'amour !

Bonne Saint Valentin
à tous ceux et à toutes celles
qui aiment,
qui s'aiment,
qui S'M.
11 février 2012
Sans invitation

Il me fallait de la compagnie pour continuer agréablement la soirée.
Tant pis pour lui.
Il n’avait qu’à ne pas être si loin, si indisponible, si attaché à son confort moral.
Qu’il reste donc fidèle et sage, puisqu’il y tenait davantage qu’à moi. Grand bien lui fasse !
Moi j’allais m’amuser. Que dis-je ? M’éclater, oui ! Il y avait déjà foule devant ma porte, je n’avais que l’embarras du choix. J’ai même dressé une liste pour y voir plus clair.
- La voisine du dessus, belle, élégante, autoritaire…
- Le pro-fesseur de piano du 1er.
- Le motard d’en face.
- Le couple de filles du 3ème.
- Le couple de garçons du 4ème.
- Deux témoins de Jéhovah.
- Trois militants du Front de Gauche.
- Quatre pompiers.
- Un fugitif poursuivi par les flics.
- Une jolie brune représentante en trucs qui vibrent.
- Un livreur de sushis.
- Des cambrioleurs.
- Un curé et un enfant de chœur égarés dans le quartier.
- Un chasseur et son chien.
- Un groupe de rock.
- Une timide et mignonne assistante sociale.
- Un huissier prêt à négocier.
Etc.
Plus j’en trouvais, et plus il en arrivait.
Et ça pulsait de désir, sur le palier. Les promesses fusaient, toutes plus perverses et débridées les unes que les autres. Des cravaches, des cordes étaient brandies. Des pinces à linge, des foulards de soie, des rouleaux de scotch, des bouteilles de rhum et des citrons verts. Un crucifix. Un fusil. Un canard en plastique. Une guitare électrique. Des menottes. Une flûte traversière. Des gants en latex. Des cierges. Un tube de wasabi.
L’imagination en ébullition, et mise en appétit, je suis allée dans la cuisine voir s’il me restait un fond de La Mauny. Oui. Sans citron (106 troncs), mais ça irait quand même. Ça suffirait pour entretenir une belle flambée d’idées.
Dans la placard, j’ai pris un de ces deux petits verres anciens, qu’il m’était arrivé de transporter dans mon sac pour certains rendez-vous dans un certain hôtel…Heureusement qu’ils ne pouvaient pas parler et me trahir, me disais-je à chaque fois que je les voyais.
Revenue dans le salon, j’ai tchin-tchiné toute seule, en levant mon verre vers le vide.
A ta santé, mon bel Absent !
A nos femmes à nos chevaux et à ceux qui les montent, comme disait je ne savais plus qui.
J’espère que tu passes une bonne soirée, toi aussi.
Avec ton cheval.
Est-ce qu’elle rue et que tu t’accroches à sa crinière ?
La divine brûlure du rhum m’a remis les idées en place.
Non.
Ne pas penser à ça.
Revenir sur mon palier, qui grouillait de monde.
Profiter de cette soirée solitaire qui m’était offerte pour faire mille bêtises affreuses.
Jouir de ma liberté.
A défaut d’autre chose…
J’ai souri et je me suis installée devant mon écran blanc.
Ouais.
La vengeance de la femme délaissée allait être teRRRible.
Puis je me suis figée, soudain glacée de l’intérieur.
Oh non.
Oh merde.
Sapristi.
Nom d’une pipe.
Quelqu’un sonnait à la porte.
08 février 2012
Fais-moi bander

Trois mots.
P’tin, il s’était pas foulé.
Bien la peine que je trépigne depuis des jours dans l’attente de son mail.
J’ai soupiré en m’enfonçant dans mon fauteuil, les yeux fixés sur l’écran où s’affichait le succinct message. Ben voyons. Le faire bander, rien que ça. Pourquoi pas gravir l’Everest à cloche-pied, pendant qu’il y était ?
Et ce n’était pas pour dans six mois, évidemment. Mônsieur claquait des doigts et fallait obéir dans l’instant. Comme si je n’avais pas une vie, moi aussi.
Je râlais pour la forme, mais une partie de moi se frottait déjà les mains et se léchait les babines. Le défi m’excitait.
D’un coup, je n’avais plus sommeil. Je suis allée me préparer un thé, j’ai mis Nova en sourdine et je me suis confortablement calée dans le fauteuil, les pieds sur la table basse, l’ordi sur les cuisses. Prête à relever le gant.
J’ai pris une grande inspiration, j’ai tricoté l’air avec mes doigts pour vérifier leur bon fonctionnement, puis j’ai regardé l’écran où le curseur clignotait, comme sur le starting-block.
Mais rien n’est venu.
L’intérieur de mon cerveau était soudain aussi vide que l’écran, et la difficulté de la tâche qui m’attendait m’est alors apparue.
Comment fait-on bander un homme avec des mots ?
Et comment pouvais-je deviner ce qui pourrait le faire bander, lui , qui ne ressemblait à personne ? Lui qui ne m’avait jamais encore entretenu d’un seul fantasme « classique », pioché dans le grand catalogue des jeux et perversions ?
J’ai soupiré, accablée. Déjà effleurée par le doute atroce de ne pas réussir.
J’ai bu une gorgée de thé.
J’ai allumé une cigarette.
J’ai encore soupiré, en suivant des yeux les volutes de fumée.
Si j’avais été face à lui, évidemment, et libre de mes gestes, le problème ne se serait pas posé. Ou pas longtemps.
Lui allongé, je me serais agenouillée entre ses jambes, puis penchée, jusqu’à ce que mes cheveux caressent sa peau. Ma bouche ne se serait plus souciée de mots à trouver, ma langue se serait déliée. J’aurais délicatement léché où il fallait, jusqu’à trouver les endroits les plus sensibles, jusqu’à ce que ça frissonne, que ça se contracte, que le sang circule.
Plus de timidité, plus d’hésitations, plus de pudeur. Une chatte devant un bol de lait. Le mystérieux instinct qui prend les rênes et guide en aveugle. Les lèvres autour de la bite qui s’éveille. Sa chair chaude qui se gorge, qui oppose peu à peu sa dureté au fourreau souple de ma bouche qui l’enserre…
Mmmm…j’en salivais. J’aimais qu’il me pénètre ainsi. Même quand il m’immobilisait et me faisait grimacer, le poing serré dans mes cheveux. Même quand il prenait tout son temps et m’empêchait de le faire jouir, se retirant un moment puis revenant en moi, plusieurs fois, sur un lent tempo qui n’avait pas de fin. Même quand il s’enfonçait loin, indifférent à mes yeux affolés.
Sa queue dans ma bouche.
Sa queue BAISANT ma bouche.
Rien que le concept me liquéfiait.
J’ai croisé les jambes, serré les cuisses, pointé les pieds, contracté les fesses.
Ce que je ressentais n’avait rien d’humide.
C’était une tension localisée, une convergence de toutes les énergies vers le même intérêt, la même obsession.
Une chaleur qui se concentrait dans un seul organe.
Je bande, j’ai pensé.
Amusée.
Puis contrite, en regardant mon écran toujours vide.
Avec tout ça je n’avais toujours pas d’idée.
Et mon thé était froid.
04 février 2012
à vos souhaits

C’était une table en bois blond et de bonne facture, avec un plateau épais et quatre pieds solides et stables.
Elle n’a pas bronché quand je m’y suis assise. J’ai pensé un instant qu’elle avait dû en voir d’autres, et des plus lourdes que moi, même, peut-être.
Mais un instant seulement.
- Allonge-toi.
A-t-il dit en accrochant à sa main des larges boucles de corde, comme un marin qui prépare soigneusement son écoute.
Le même vertige, toujours.
Comme en haut de ce plongeoir de 10 mètres où je m’aventurais parfois quand un de ces idiots de garçons me lançait un « même pas chiche » qui m’obligeait à sauver mon honneur.
J’ai sondé ses yeux une dernière fois. Dans l’espoir impossible d’y lire une certitude, une assurance tous risques sans franchise cachée ni clause tordue.
J’ai vu son calme, sa concentration.
Son désir, aussi, pour ce qui allait suivre. Pour cet instant où le dernier nœud serait serré. L’instant où tout changerait. L’instant du pas en avant à l’extrémité de la planche tendue au-dessus du vide.
Le reste…mystère. Aucun scanner pour lire l’âme dans le regard.
Lui-même, que voyait-il dans le mien ? A part la peur ?
Devinait-il ma faim, mon besoin de lui ?
Entendait-il mes suppliques, mes aveux impudiques ?
Ou ne voyait-il qu’une brune aux yeux fixes, qui se demandait ce qu’ « allonge-toi » voulait dire ?
Deux inconnus aux portes d’un grand voyage.
Mon corps nu sur la table. La corde entre ses mains. Passeport pour le paradis.Ou l’enfer.
Ou les deux.
Une seule façon de le savoir.
Une seule façon d’éloigner ces souvenirs qui m’assaillaient d’une autre table, d’une autre corde.
Basculer en arrière.
29 janvier 2012
re-connexion

Nous ne nous sommes jamais vraiment quittés. Rien ne sépare ceux qui s’aiment… surtout quand ils possèdent un téléphone qui capte internet :)
Mais cette fenêtre « publique » était fermée.
Et finalement, elle me manque.
Même si c’est plus confortable de n’être que spectatrice, même si le stylo me tombe des mains le soir, quand la fatigue m’assomme.
Mais le patronat scélérat et esclavagiste ne me musèlera pas !
Et puis…je vous dois bien ça. J’ai tant reçu pour avoir si peu donné, quelques mots de temps en temps, que je me sens débitrice. « Lourde de gratitude », allais-je écrire, avant de me souvenir des ces lignes de Gibran : « Et vous qui recevez - et vous recevez tous - n’assumez aucune charge de gratitude, de crainte d’imposer un joug à vous-mêmes et à celui qui donne. Elevez-vous plutôt avec celui qui donne, prenant son don comme si c’étaient des ailes. »
Des L, mais aussi des M, de N, de O, des P… j’ai tout l’alphabet pour vous dire merci.
Revenir…aussi pour qu’il puisse savoir que j’existe, celui qui me li(e)ra.
Celui qui m’a soufflé que c’est à moi de faire le premier pas.
Humblement, simplement. Comme une première épreuve.
Sinon comment pourrait-il deviner que je l’attends ?
Le rêve a besoin du verbe pour s’incarner.
A…B…C…D… j’ai tout l’alphabet pour tenter de lui donner réalité.
Un dernier mot pour vous alerter sur ce traité ACTA que l’Union Européenne a signé en catimini jeudi dernier, ce qui a entrainé la démission de l’eurodéputé Kader Arif rapporteur du projet auprès du parlement. Des manifestations ont aussi été organisées hier dans plusieurs villes de France et d’Europe, et une pétition circule, pour empêcher que le texte soit définitivement adopté en juin. Faites circuler l'info !
[faites tourner] ALERTE CITOYENNE: NON À ACTA... par partipirate
16 décembre 2011
Jingle bells

Bonne fêtes et à bientôt !
*
13 novembre 2011
Paisible naufrage dominical

*
(Plonk & Replonk)
08 novembre 2011
Mourra bien qui rira le dernier
Voici la réponse de Charlie Hebdo aux messages de haine qu'ils recoivent (en plus des bombes incendiaires) et qui les accusent d'être "blasphémateurs homosexuels". Comme si ces deux mots étaient des insultes.
Une réponse qui dit " Oui nous le sommes. Et tant pis si ça vous défrise la barbe. C'est notre DROIT."
(Il manque seulement un catholique intégriste sur le dessin. Un homo est généreux, c'est bien connu. Il aurait pu le caresser d'une main pour le faire patienter.)
*
(en titre : Jacques Prévert)
03 novembre 2011
Chat pitre

31 octobre 2011
Rock in chair

Il m’a allongée sur le ventre et s’est plaqué à mon dos. J’avais chaud, j’étouffais. Avec ses genoux il a écarté mes cuisses. J’ai résisté, il a insisté, et m’a expliqué la situation pendant que sa main fouillait entre mes fesses et que ses doigts préparaient la place.
- Tu es ma petite salope…je peux t’enculer toute la nuit si j’ai envie.
Il était déjà dedans. Je me suis cambrée en gémissant.
- Tais-toi. Je ne te fais pas mal, je bande à peine.
Ce n’était pas la douleur qui m’avait fait gémir. Sa queue était en moi et, même à demi-molle, elle semait la révolution. Je me suis contractée. Il a continué à pousser ses hanches, à m’écraser sous son poids.
- Laisse-moi passer. Ouvre-toi.
Sa voix était dure, impérieuse. Ma résistance le mettait en colère, je le sentais bien, mais comment faire autrement ? J’étais conditionnée à repousser l’intrus, à ne pas consentir, à être forcée. Il était le premier à me demander de lui accorder volontairement le passage et ça chamboulait tout. Décidément sa spécialité, le grand bouleversement. Il remuait toutes les cartes, changeait toutes les règles. Il ne disait ni ne faisait jamais comme les autres. La marque des grands hommes. Ou des grands malades ? Des fous dangereux ?
Mais l’heure n’était pas à ces questionnements. J’avais un chaos à gérer. Un feu d’artifice. Un incendie. Un afflux d’ordres contraires qui me paralysait.
Et cet homme à satisfaire. L’absolue priorité.
Cet homme qui bandait dans mon cul, et voulait plus d’espace.
Assouplissement immédiat. Honte bue, cul sec, comme une potion amère venant se mêler à l’embrasement général, et l’activant encore.
- C’est bien… Encore.
J’ai gémi, grimacé. Ce n’était pas du jeu. Il prenait plus de place à mesure que je lui en cédais.
- Tais-toi. Je ne veux pas t’entendre.
Il pesait toujours sur mon dos, bougeant seulement les hanches, dans un lent va-et-vient conciliant, comme s’il m’accordait un peu de temps pour lui obéir et me dilater encore davantage.
Son anatomie n’avait pas de taille ni de forme particulière, pourtant je griffais le drap, j’en appelais à Dieu, je cherchais l’air, bouche ouverte.
Le plaisir me tisonnait le ventre, irradiait d’entre mes fesses à la pointe de mes cheveux, courait dans mes veines comme une lave pétillante, inondait ma fente de jute brûlante
Il m’enculait avec une baguette magique, je ne voyais pas d’autre explication.
*
(Titre emprunté à Jacques Higelin)
(Photo Mike Payton)



